Almost nothing.
2026.
Constructions, inventions, destructions.
L'homme façonne, transforme, aménage, avec l'impression de dominer ce qui l'entoure, comme s'il occupait le sommet d'une hiérarchie invisible. La nature devient alors matière, surface, décor à modeler, à organiser, à contraindre. Pourtant, cette position est fragile. Car l'homme ne fait que traverser ces paysages qu'il prétend maîtriser. Il y laisse des traces sans jamais pouvoir en épuiser la profondeur ni en contenir les transformations.
C'est peut-être là que se loge l'illusion : dans cette croyance en une forme de contrôle, dans cette distance que l'on pense instaurer entre soi et le monde.
Mon travail s'inscrit dans cet interstice. En jouant avec les échelles, les repères et les perceptions, j'explore la manière dont notre regard construit cette illusion. Les paysages deviennent alors des espaces instables, où les certitudes vacillent, et où la place de l'homme cesse d'aller de soi. Pour habiter ces espaces, je mêle tirages photographiques, dessins et lithographies. Ces différentes techniques, avec leurs matières, leurs temporalités et leurs langages propres, se superposent, dialoguent et parfois se contredisent – troublant la perception, brouillant les frontières entre ce qui est capturé et ce qui est inventé, pour mieux nous perdre, et nous pousser à réfléchir à notre place réelle dans le monde.
Après des années passées à saisir l'instant photographique et à évoluer dans le flux continu des images produites par les réseaux sociaux, les smartphones et désormais l'intelligence artificielle, j'ai ressenti la nécessité d'un autre rapport au temps. Le dessin est devenu une forme de résistance : une pratique lente, artisanale, qui réintroduit le geste, la matière et l'incertitude au coeur du processus de création. Une manière de ralentir le regard, autant que de questionner notre rapport à l'image et à sa reproductibilité.